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LES ÉVÉNEMENTS DU 15 OCTOBRE 1987 AU BURKINA FASO : récit du témoignage d’un homme de culture et du sacré

Voici la version d’un illustré homme de culture et du sacré sur les événements qui se sont déroulés au Burkina Faso le 15 octobre 1987. Cet illustre patriarche n’est plus de ce monde. Il m’a confié ce secret peu de temps avant son envol. Il l’a consigné dans un livre mais n’a pas eu l’occasion de le publier. Je manquerai dangereusement à ma mission si je continue de me taire. J’essaierai autant que possible de rester fidèle à sa mémoire car cela m’a été confié oralement.

<< J’ai eu la chance de connaître Thomas Sankara et Blaise Compaoré, et aussi leurs familles respectives. L’un et l’autre se confiaient souvent à moi et je ne manquais pas de leur prodiguer des conseils.  Mais, il arriva un temps où les deux ne s’entendaient plus.  Alors, l’oncle maternel de Blaise Compaoré entreprit de s’approcher du père de Thomas Sankara pour qu’ensemble, ils interpellent leurs deux enfants afin de les sermonner.

Le père de Thomas recommanda à l’oncle de Blaise d’aller voir l’oncle de Thomas, notamment Mousbila Sankara, car son fils ne l’écoutais pas. Plus tard, lorsque ceux-ci se rencontrèrent,  l’oncle Mousbila dit à l’oncle de Blaise de laisser « les deux enfants » se disputent ; car dit-il, la langue et les dents se disputent, mais cela n’entrave leur cohabitation.  L’oncle de Blaise se fâcha et laissa échapper les propos suivants avant de s’en aller : « Ah ! Je vois. Je vois que tout est déjà préparé contre mon neveu. Mais, s’il plaît à Dieu, ce ne sera pas mon neveu ».

Les jours passaient et la distance qui séparait les deoux frères et amis s’agrandissait, et ce jusqu’au jour fatidique. C’était un jeudi, un jour de conseil des ministres. Blaise avait refusé d’y prendre part car, disait-il, il n’en pouvait plus d’émettre des avis qui n’étaient pas pris en compte, alors que les comités de défense de la Révolution (CDR) pourrissaient la vie tous les jours dans le pays. Une délégation composée de sages étaient passée voir le numéro  « 2 » de la Révolution à ce propos, qui en avait rendu compte à son supérieur hiérarchique. Mais, ce dernier semblait ignorer la démarche. La même délégation était revenue demander audience auprès de la même autorité pour s’enquérir de la suite accordée à leurs préoccupations, et celle-ci n’avait pas manqué une seule fois de rendre compte.

Cette fois-là, il avait décidé de bouder. C’est pourquoi, il n’était pas allé au conseil. Il se reposait donc à l’heure de la session dans les locaux du Conseil de l’Entente, quand, tout à coup, il entendit crépiter les armes. Il ouvrit la porte pour sortir, mais il fut repoussé à l’intérieur par les éléments de sa garde rapprochée dont certains étaient venus de Pô. Il tenta de s’échapper par une autre issue. Il essaya de passer par le mûr mais il fut rattrapé et reconduit à l’intérieur. Il essaya de passer par le commandement : « Garde-à-vous ! ». Ils refusèrent d’obéir à son ordre. Il fut demeura enfermé jusqu’à la fin des événements. Il n’avait que ses yeux pour pleurer.

Lorsqu’enfin, on lui permit de se rendre sur les lieux et ayant vu le corps criblé de balles de son frère d’arme, il se jeta sur le corps et se mit à pleurer. Il sanglotait tout en se plaignant à ses hommes en disant : « Mais, pourquoi l’avez-vous tué ? Vous ne pouviez pas l’arrêter tout simplement ? ».

Mais, ses éléments déchaînés avaient tellement bu le « tensobn’dãam » qu’ils menacèrent d’en finir avec lui, s’il persistait à se morphondre. Il ne put faire autrement que de se calmer. On l’informa ensuite de la présence d’un survivant et on attendait de lui des ordres. Il demanda qu’on lui laissât la vie sauve afin qu’il puisse constituer un témoin pour la postérité.  Il décida de s’occuper personnellement de la survie du rescapé en la personne de Alouna Traoré. Il dépêcha son chauffeur avec son véhicule personnel pour le conduire jusqu’à la frontière de la Côte d’Ivoire.

A l’approche des postes de contrôle, le rescapé devait se cacher dans le coffre arrière du véhicule. Si un agent de contrôle ordonnait d’ouvrir le coffre, le chauffeur se dépêchait de l’interroger en ces termes : «  Vous voulez fouiller le véhicule du président ? ». Aussitôt,  l’agent se retractait. Puis, le contrôle passé, le protégé du président pouvait à nouveau s’installer auprès du chauffeur. Ainsi survécu Alouna Traoré.

La suite est connue du peuple Burkinabè. Blaise Compaoré a bien essayé de se justifier par rapport au déroulement des événements mais le moment était mal choisi ! Les cadavres étaient encore fraîchement dans les mémoires. Personne n’y croyait rien. Il fallait alors assumer, et il en fut ainsi !>>

MON COMMENTAIRE

Ce secret m’avait été légué afin que je procède plus tard à sa publication quand le moment serait venu. Le papa a dit me l’avoir confié après avoir pris connaissance du contenu de mon livre « Ten-peelem ». Il disait être confiant de l’appui de cet instrument de justice divine. J’ai gardé ce secret, doutant tantôt et y mettant de la foi tantôt. Le patriarche m’avait dit que le moment d’en parler n’était pas encore venu. Et lorsque parut le livre, « Ma part de vérité », du président Jean-Baptiste Ouédraogo et la vague de réactions négatives qui a déferlé sur lui , je compris très bien les propos de l’homme de culture.

Lorsque survint plus tard le procès, je me retins de faire fuiter quelque information que ce soit afin de ne pas y faire obstruction. Mon attention était principalement fixée sur deux témoins en l’occurrence, Mousbila Sankara et Alouna Traoré. Leurs différents témoignages devaient apporter plus de clarté  à mon esprit troublé. Confirmeraient-ils le récit du patriarche ? L’infirmeraient-ils ? A mon avis,  ils l’ont confirmé, puisqu’aucun d’eux n’a incriminé le principal présumé coupable. Je pense néanmoins qu’ils n’ont pas beaucoup rendu service au peuple Burkinabè qui comptait énormément sur eux pour connaître la vérité. Hélas, ils n’ont pas fait éclater la vérité !

Je bénis la Source de leur être de ce qu’ils sont tous les deux encore vivants. L’occasion leur est donnée par la présente de se rattraper.  Que les bénédictions soient !

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